Blog - Marie-pierre BRIDE
Article Réponse Photo Février 2016

Marie-Pierre Bride, l’art de la retouche

Marie-Pierre-Bride perpétue un savoir-faire indispensable aux tirages argentiques couleur et noir et blanc : l’art de la repique et de la retouche. De quoi s’agit-il ? «La repique corrige les points et les rayures qui apparaissent sur le tirage, causés par le temps et l'usure des négatifs. » La retouche a un autre rôle : « Elle consiste à corriger les imperfections d'un point de vue esthétique. Par exemple, sur un visage, la retouche atténue les rides et les boutons, ou améliore le grain de la peau. »
Aujourd’hui indépendante à Paris, Marie-Pierre-Bride a d’abord exercé son talent dans le laboratoire Picto pendant près de trente ans, jusqu’en 2005. C’est par goût pour le dessin qu’elle s’est formée à la retouche photographique dans l’école parisienne qui est aujourd’hui le Lycée professionnel Brassaï. Chez Picto, Marie-Pierre-Bride commence par un poste de retouche de tirages couleurs et noir et blanc. Par la suite, elle travaillera aussi sur des diapositives couleur, les « ektas », en format 20x25 cm, un format alors très employé dans la publicité. Elle retourne ensuite au noir et blanc, notamment pour prendre en charge la repique des tirages d’Henri Cartier-Bresson. En 1984, Picto ouvre rue de Rennes une structure consacrée au tirage noir et blanc de prestige, L’Atelier, dirigé par Georges Fèvre. L’Atelier réalise des tirages de collection et d’exposition pour Cartier-Bresson, Doisneau, Koudelka, etc. Marie-Pierre Bride y effectue la repique et la retouche. Elle renouera avec la retouche des tirages couleur quand ce pôle intègre Picto Bastille, au début des années 1990.
Depuis qu’elle est indépendante, Marie-Pierre-Bride s’est adaptée à l’évolution du métier. En noir et blanc, elle retouche des tirages pour des photographes qui travaillent encore en mode ou en beauté avec du film. En couleur, « la retouche est souvent réalisée par des retoucheurs sur ordinateur avec Photoshop, mais je pratique toujours la retouche traditionnelle pour certains clients ». Il lui arrive aussi de coloriser au pinceau des tirages argentiques noir et blanc, procédé qu’elle décrit joliment comme une « mise en couleur ».
Ses clients sont des labos professionnels comme Diamantino (www.diamantinolabophoto.com), spécialisé dans le tirage grand format, ou La Chambre Noire (www.la-chambre-noire.com). Elle compte aussi parmi ses clients des institutions comme la Fondation Cartier-Bresson ou l’Atelier Robert Doisneau.
Ses outils sont ceux de toujours. D’abord les pinceaux. Pour les petits détails, elle n’emploie qu’un modèle, qu’elle possède en plusieurs exemplaires en fonction des couleurs : le Winsor & Newton en martre n°0. « C’est la marque la plus chère, mais ses pinceaux sont les plus résistants dans le temps. Je m’en procure chez Sennelier. J’emploie le seul n°0. Les 00 et 000 sont trop petits ! » Pour répandre ses « jus » (le mélange d’encre et d’eau) sur des zones larges, elle recourt à des pinceaux Raphaël de plus grande taille, n°12 ou n°14.
Les encres sont déposées sur des palettes avant d’être diluées. Marie-Pierre Bride préfère les modèles en céramique, dont la surface permet un meilleur travail de l’encre et du pinceau que le plastique. Sa palette comporte les trois couleurs primaires : jaune, magenta et cyan. S’ajoutent des couleurs complémentaires pour élargir la gamme. Les encres sont des colorants liquides Kodak et Diapocolor, qui offrent un large éventail de teintes. Les encres sont diluées avec de l’eau. Parfois, de l’agent mouillant est ajouté pour intervenir sur des zones larges, pour une meilleure diffusion des jus sur la surface du papier. Pour le noir et blanc, deux larges godets en céramique contiennent du Gris Film Pebeo et une teinte sépia, telle que le brun Diapocolor. « Cette teinte est nécessaire pour les papiers à tons chauds. Et elle se mélange bien avec le Gris film. » Les encres, après dilution, finissent par sécher. Il suffit de les remouiller ou d’y passer le pinceau humide pour en prélever la teinte nécessaire. L’excès d’encre sur le pinceau est absorbé par de larges mouchoirs en papier. Parfois, de la gouache est employée en couleur, pour masquer des zones. « Cela matifie la surface, mais c’est très efficace. »
Quand l’encre et le pinceau ne suffisent pas, « une plume vaccinostyle enlève les points noirs sur les tirages noir et blanc. Quand la partie est grattée, cela se voit légèrement, mais les clients l’acceptent le plus souvent. Au final, quand le tirage est encadré, derrière une vitre, c’est invisible. Il m’arrive aussi de faire ce qu’on appelle des descentes chimiques, avec de l’iode, qui dissout l’argent. C’est une opération que je dois faire au labo, parce qu’il faut mouiller le tirage et le relaver. » La descente, pratiquée au pinceau, laisse une trace blanche qu’il suffit de repiquer ensuite.
Si la retouche des très grands tirages est effectuée dans les labos, chez les tireurs, les formats inférieurs à 120 cm sont le plus souvent emportés chez elle. Sur sa table de travail, Marie Pierre-Bride a installé un chevalet de table pour les tirages jusqu’au 50x60 cm, sur lequel repose un panneau de bois recouvert de papier kraft. « Pour les tirages plus grands, jusqu’à 120 cm, je travaille à plat sur une table. » La zone de travail est éclairée par une fenêtre. Quand la lumière extérieure ne suffit plus, une lampe de type lumière du jour la complète. Ainsi, chaque jour, Marie-Pierre Bride continue d’éprouver le plaisir d’embellir une image grâce à ses pinceaux.

Marie-Pierre Bride
ww.retoucheartsmariepierre.com





Exposition
Chapelle des Beaux- Arts de Paris
Prix Carmignac
Photographe : Christophe Gin 


Mars 2015
Photographes   :  Gilles Caron   Tirages Noir et Blanc
                             Karen Biswell   Grand  Format Couleur
                             Jean Queyrat  Grand  Format Couleur  Métalique
                             Sophie Calle   Tirages Noir et Blanc




















   


Cinq26 Retouche Argentique

Sortie du quatriéme numéro de la revue photographique audiovisuelle "Cinq26"

Remerciements à Frédéric Fontenoy et Florence Chevalier




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